Une grève nationale en Grèce marque les deux ans de la catastrophe ferroviaire de Tempi

Deux ans après la catastrophe ferroviaire de Tempi en Grèce, qui a coûté la vie à 57 personnes, les cheminots et d’autres secteurs du pays organisent une grève nationale de 24 heures ce vendredi. Un rapport de 178 pages publié cette semaine par l’organisme grec chargé de la sécurité des transports détaille tous les éléments qui ont conduit à l’accident : graves erreurs humaines, manque de formation, de protocoles de sécurité et d’équipements de signalisation.
Le syndicat des employés de TRAINOSE a déclaré le 28 février comme journée de grève officielle pour s’assurer que la catastrophe de Tempi de 2023 ne soit pas oubliée. Les revendications portent sur la justice et l’obligation de rendre des comptes pour les responsables, l’amélioration des systèmes de sécurité, y compris l’ETCS et le GSM-R, et le remplacement du matériel roulant obsolète.
Le syndicat souligne que les réformes de la sécurité ferroviaire ne doivent pas se limiter à punir les individus, mais doivent inclure des changements systémiques afin d’éviter de nouvelles tragédies. Au total, 57 personnes, dont 11 membres du personnel ou sous-traitants travaillant pour Hellenic Train, ont perdu la vie dans l’accident, 81 personnes ont été gravement blessées et 99 ont subi des blessures physiques mineures.
Rapport de 178 pages
Un rapport de l’Organisation nationale grecque pour les enquêtes sur les accidents aériens et ferroviaires et la sécurité des transports (EODASAAM) a été présenté mardi par Christos Papadimitriou et d’autres responsables de l’enquête. Il vise à améliorer la sécurité ferroviaire et à prévenir les accidents futurs, en précisant explicitement qu’il n’a pas pour but d’attribuer des blâmes ou des responsabilités. Il décrit non seulement l’enchaînement des erreurs qui ont conduit à l’accident tragique de Tempi, mais aussi les facteurs sous-jacents qui ont joué un rôle.
L’enquête met en évidence la médiocrité des infrastructures, la formation inadéquate du personnel et l’absence de protocoles de sécurité, aggravés par des années de sous-financement du secteur ferroviaire grec. Elle indique que le secteur ferroviaire grec a fortement souffert de la crise économique qui a débuté en 2009, et qu’il n’y a pas eu de planification stratégique à long terme pour revitaliser le secteur ferroviaire grec après cette période.
En outre, en l’absence d’un organisme d’enquête national chargé d’effectuer une analyse indépendante des accidents et des événements, la capacité du secteur ferroviaire grec à tirer des leçons des événements indésirables dépendait entièrement des enquêtes menées par les opérateurs. Ces enquêtes internes, cependant, se concentrent sur les erreurs commises par le personnel de première ligne et manquent systématiquement de la profondeur nécessaire pour introduire des changements durables.
Lire le rapport complet de l’EODASAAM en anglais ici.
Un mystérieux carburant à l’origine d’une énorme boule de feu
Le rapport souligne également que les suites de l’accident n’ont pas été gérées correctement. Le site de l’accident n’a pas été correctement cartographié dans les jours qui ont suivi, ce qui a entraîné la perte d’informations essentielles. « Il n’y a pas eu de réelle coordination, que ce soit au niveau opérationnel ou stratégique, entre les différents services présents sur les lieux de la collision. Chaque service a continué à opérer selon ses propres ordres, initiatives et personnels sans aucune interaction au niveau organisationnel », indique le rapport.
L’un des principaux éléments qui reste actuellement dans l’ombre est la cause exacte de l’énorme explosion qui a suivi l’accident. « Avec les preuves existantes, il est impossible de déterminer la cause exacte, mais les simulations indiquent la présence possible d’un carburant inconnu jusqu’à présent », indique le rapport.
L’équipement technique du matériel roulant utilisé n’a pas donné lieu à la formation et à l’expansion de l’énorme boule de feu qui s’est formée après l’impact et qui a ensuite provoqué des incendies secondaires. Il est toujours possible que le chargement du train de marchandises impliqué ait eu un rapport avec le carburant.
Manifestations dans toute la Grèce
Deux ans après l’accident, des manifestations et des grèves ont eu lieu dans tout le pays, et l’agitation publique n’a pas encore cessé. Vendredi 28 février, les cheminots, mais aussi les employés des institutions publiques, de la construction, de l’administration fiscale et des soins de santé ont annoncé qu’ils cesseraient le travail pour commémorer l’accident tragique et les pertes humaines, mais aussi pour exiger que des mesures soient prises pour éviter qu’un tel accident ne se reproduise à l’avenir.
Une pétition a déjà recueilli plus d’un million de signatures, demandant la fin de l’immunité politique pour les fonctionnaires liés à des manquements en matière de sécurité. La pétition demande des réformes constitutionnelles pour que les ministres et autres personnalités politiques soient tenus pénalement responsables de leurs décisions. La demande du public en faveur de la justice et de la sécurité ferroviaire reste forte, les manifestants insistant sur le fait qu’aucune carrière politique ne devrait être « construite sur la tragédie de Tempi ».
Pour rendre hommage aux victimes de Tempi, une chanson commémorative intitulée « Le train de la mort » a été publiée. Composée par Stefanos Kardiolakas, avec des paroles de Stamatis Dimitras, la chanson est interprétée par Chrysiida et le chœur d’enfants du musée Mikis Theodorakis de Zatounas. La chanson évoque la tragédie, la peur et les appels à la justice qui ont suivi l’accident.
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